
Je peux être assez étourdie avec le matériel, comme ne pas me rendre compte de sa fragilité. Et j’ai l’impression de rayer mon kayak à chaque sortie.
Cependant, alors que mes maladresses sont involontaires, j’ai le sentiment d’être régulièrement confrontée à des personnes qui prennent délibérément quelques libertés avec le matériel.
Le syndrome du « ce n’est pas à nous »
Des déconvenues avec un club extérieur n°1
La première fois, j’avais prêté, pour un simple essai au cours d’une sortie, un kayak de mon club à un gars d’un club extérieur. Il s’était mis à le manipuler n’importe comment, en se marrant, sous le regard goguenard d’un autre — sans que j’aie vraiment le temps de réagir — avant de le prêter à cet autre gars, sans même me demander mon avis.
Et alors que j’étais de bonne humeur et simplement désireuse de rendre service, je me suis retrouvée dans le rôle de la surveillante rabat-joie, chargée de rappeler qu’un kayak, ça se manipule avec un minimum de précautions.
Et n’allez pas croire qu’il s’agissait de jeunes d’une vingtaine d’années découvrant à peine les règles d’usage du matériel. Il s’agissait d’un homme d’une quarantaine d’années et d’un autre nettement plus âgé. Et tous deux pratiquaient le kayak depuis plusieurs années.
J’étais d’autant plus attristée que, personnellement, je prenais grand soin du matériel que j’empruntais à mon club, très reconnaissante de pouvoir en bénéficier pour participer à des sorties.
Des déboires avec un club extérieur n°2
La seconde fois, je représentais mon club lors d’un événement auquel participaient plusieurs clubs, et pour lequel deux gars d’un club extérieur avaient officiellement demandé à disposer de kayaks prêtés par mon club.
Là encore, j’avais constaté une manière de manipuler les kayaks fort éloignées des usages en vigueur, notamment à un moment où j’étais trop distante pour intervenir. Et, pour couronner le tout, au retour, ils n’ont pas voulu rincer les kayaks selon nos pratiques habituelles.
Il s’agissait d’hommes nettement plus âgés et expérimentés que moi, auxquels je n’étais pas censée avoir quoi que ce soit à apprendre.
Après ces deux épisodes, ma conclusion était simple : je ne contribuerai plus jamais à ce que les kayaks de mon club soient utilisés par d’autres personnes que les membres de mon club. Les gens ne prennent pas soin du matériel qui n’appartient pas à leur club.
Fin de l’histoire et plus de problème. Ou du moins, c’est ce que je pensais.
Et si c’était « les hommes » ?

Hier, j’ai organisé une petite sortie, avec mon club. Et les gars ont, à nouveau, traité les kayaks d’une manière déplorable.
Les kayaks de leur propre club.
Ma théorie selon laquelle on prend moins bien soin du matériel lorsqu’il appartient à un autre club tombe donc à l’eau.
Je vais donc devoir me rabattre sur une autre explication : les gars répugnent-ils davantage à demander de l’aide, de peur de passer pour des faibles — quitte à malmener le matériel au passage lorsqu’il ne leur appartient pas ? Ou pire : feraient-ils de la maltraitance envers le matériel une forme de démonstration de domination lorsque l’organisatrice est une femme, au mépris du respect élémentaire ?
À ce stade de l’enquête, je ne vois décidément pas de meilleure hypothèse qu’une maladroite démonstration de virilité.
Oui, oui : « Not all men ». Il existe des hommes qui prennent grand soin des kayaks au sein de notre club. Et notre principal bricoleur-réparateur est un homme, qui peste d’ailleurs régulièrement contre le manque de soin apporté aux kayaks.
Cependant, ne sont-ils pas des exceptions ? Et si « Not all men », c’est par ailleurs « Always a man » : je n’ai, pour ma part, jamais rencontré de femme se comportant ainsi.